La dette française est souvent présentée comme une menace abstraite. Elle est en réalité le symptôme d’un malaise plus profond : l’incapacité politique à assumer le risque et à trancher. La dette ne dit pas seulement ce que nous avons dépensé, mais ce que nous n’osons plus décider.

La dette publique n’est pas, par nature, un problème. Elle est un outil. Elle permet d’investir avant de produire, de financer des transformations structurelles, d’amortir des chocs. Toutes les grandes phases de développement économique se sont appuyées sur l’endettement.

Le problème français n’est pas tant le niveau de dette que sa fonction. Depuis des années, l’endettement sert principalement à maintenir l’existant, à retarder les ajustements, à éviter les conflits. On emprunte pour tenir, rarement pour transformer.

La peur du risque est devenue centrale dans la décision politique. Chaque réforme est évaluée à l’aune de son coût immédiat, rarement de son rendement à long terme. Chaque choix est repoussé, édulcoré, fragmenté. Gouverner consiste de plus en plus à éviter l’erreur plutôt qu’à définir une direction.

Cette prudence extrême produit une forme de paralysie. Les décisions structurantes sont différées, les investissements stratégiques sous-dimensionnés, les arbitrages assumés de moins en moins nombreux. La dette augmente, mais la vision se rétrécit.

Ce refus du risque a un coût démocratique. Il nourrit la défiance, affaiblit la parole publique, renforce les discours radicaux. Une société qui ne tranche plus finit par se fragmenter. L’indécision permanente devient une forme d’instabilité.

La dette pourrait pourtant être un levier puissant : réindustrialisation, transition énergétique, souveraineté technologique, formation. Mais cela suppose d’accepter le risque politique, donc le conflit, donc la responsabilité.

Le risque zéro n’existe pas en politique. Ne pas décider est déjà une décision. Et c’est souvent la plus coûteuse. La question n’est pas de savoir s’il faut réduire la dette, mais ce que nous sommes prêts à risquer pour retrouver une capacité d’action collective.

La dette française n’est pas seulement un chiffre. C’est un miroir. Et ce qu’il reflète aujourd’hui, c’est une peur devenue structurelle de décider.

Boris Intini est directeur-général de Praxy finances.

 

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