Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), enseignant en géopolitique au sein de l’Ecole des Hautes Etudes Internationales (HEIP)

Abbas Qaidari, analyste en sécurité internationale basé au Canada, spécialiste du Golfe persique et de l’analyse stratégique au Moyen-Orient

Le pouvoir iranien ne traverse pas un cycle de protestation ordinaire. Il est confronté à une convergence de plusieurs facteurs : vulnérabilité militair; épuisement économique ; illégitimité diplomatique et instabilité politique, qui surviennent, pour la première fois, simultanément. Lorsqu’un régime s’effondre, c’est rarement à cause d’un seul choc. La fin d’un régime réside, en effet, davantage dans l’intrication de chocs s’accumulant plus vite que l’État ne peut les absorber. L’Iran se trouve actuellement dans cette situation critique.

Commençons par évoquer le contexte stratégique.

La « guerre des douze jours » de juin 2025 entre Israël et l’Iran ( suivie de frappes américaines contre des installations nucléaires iraniennes et bases balistiques ) a eu des conséquences bien plus graves que les simples dégâts matériels et humains porté au programme nucléaire que Téhéran a concédé avoir subi. Ces 12 jours de frappes ont porté un coup fatal à l’atout le plus précieux du régime : la perception de sa capacité de dissuasion. Israël a ainsi démontré la portée et l’efficacité de sa capacité de renseignement, à la fois humain (Humint) mais aussi cybernétique et électromagnétique (Osint et Sigint) ; la riposte iranienne, bien quemphatique, à travers ses frappes de retaliation visant le territoire israélien, aura été largement contenue par Tel-Aviv. L’intervention américaine aura également mis en exergue un autre signal tout aussi important : Washington était prêt à frapper directement les infrastructures critiques, et non plus seulement à dissuader à distance.

La guerre de 12 jours aura laissé l’Iran profondément meurtrie, son programme nucléaire sensiblement « incapacité » et ses dirigeants affaiblis « urbi e orbi ». Or, dans les systèmes autoritaires, le prestige étant moins anecdotique que structurel, lorsque celui-ci s’effrite, la peur s’affaiblit. La peur et la menace sont, en effet, les viatiques quotidiens du régime, qui permet à la classe dirigeante, à l’appareil sécuritaire (corps des Gardiens de la révolution islamique ( CGRI – IRGC ) communément appelé Pasdaran ou Sepah) et organes répressifs (milices paramilitaires Basijis…) de survivre. Ce sont même là, les fondements principaux de la coercition que cette caste dirigeante exerce sur les 92 millions d’Iraniens !

Ajoutons à cela l’inexorable détérioration économique et dévaluation monétaire du Rial (perte de 30 à 50% de sa valeur, en 2025), eu égard à la portée significative des sanctions rétablies en 2018 et renforcées tant par les pays du G7 que l’UE, par le truchement du mécanisme dit de « snapback » (retour en arrière) ayant permis le rétablissement automatique des sanctions processus activé, en août dernier, à l’initiative des trois pays du E3 (France, Grande-Bretagne, Allemagne) ayant contribué à l’adoption, le 14 juillet 2015, du Plan Global d’Action Conjoint (PAGC JCPOA : Joint Comprehensive Plan of Action) par le truchement de l’ONU.

L’économie iranienne n’est, dès lors, non pas sous la seule pression de l’inflation galopante (50%) ; elle aura été littéralement mise structurellement sous perfusion du régime des Mollahs. Cette situation, qui a fortement portée atteinte au pouvoir d’achat des Iraniens, a, notamment été perçue, au sein du Bazar de Téhéran, poumon économique du commerce et négoce iranien, comme inefficace, affaiblissant autant le fragile contrat social. Il est, d’ailleurs, à considérer que le mouvement de protestation est né, le 28 décembre dernier, au cœur du Bazar, traditionnellement considéré comme un pilier solide du régime des Mollahs.

L’inflation, l’effondrement de la monnaie, la flambée des prix de l’or et des devises étrangères, ainsi que l’humiliation lancinante de la pénurie ne sont, dès lors, pas des « difficultés » abstraites. Elles sont la preuve quotidienne, pour les Iraniens, que le système est incapable de tenir la promesse même minimale de gouvernance. Le régime iranien continue ainsi d’exiger l‘obéissance aveugle de ses citoyens, en se montrant incapable d’en assurer ni la sécurité, encore moins sa stabilité. C’est, précisément ce « marché de dupes », qui, ne pouvant pas durer indéfiniment, expose la fragilité pérenne et intrinsèque du régime, alors que, désormais, la moitié de la population iranienne vit sous le seuil de pauvreté.

Ajoutons à cette réalité économique délétère et à climat social explosif, une détérioration significative du niveau des précipitations, ayant touché en 2025, la totalité des 31 provinces iraniennes, et de facto, obéré le volume des récoltes annuelles, pour comprendre la conjonction inédite des doléances à laquelle est confronté le Régime

C’est pourquoi le soulèvement actuel doit être interprété comme la continuation, voire l’aboutissement d’une longue lutte acharnée, et non comme l’expression d’une éruption spontanée. Depuis le « mouvement vert » de juin 2009, suite à la réélection jugée frauduleuse de Mhamoud Ahmadinejad, les Iraniens ont maintes fois testé les limites de la dissidence. Ils ont manifesté après des élections volées et se sont souvent heurtés à la force. Elles sont advenues, de nouveau, en novembre 2019 puis en janvier 2020, dans un contexte de choc économique, et ont été confrontées à un massacre (environ 1 500 morts en quelques jours), ayant occasionné l’une des répressions les plus violentes depuis la révolution de février 1979. Elles ont repris de plus belle en septembre 2022, en réponse à la mort de l’étudiante d’origine kurde, Mahsa Amini, tandis que les rues iraniennes avaient courageusement exprimé une colère que l’État ne pouvait tolérer.

Le slogan d’alors « Femme, Vie, Liberté », médiatisé par le truchement de la romancière Marjane Satrapiet la prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, n’était pas juste une proposition politique ; il s’agissait d’une profonde dénonciation morale. Parmi les principaux slogans d’aujourd’hui, il en est un qui pourrait être mis au firmament du cahier de doléances des Iraniens : « ni Shah, ni Mollahs, ni Couronne, ni turbans ». Ce dernier semble ainsi devoir ouvrir une approche plus complexe de ce qui se joue réellement à Téhéran et dans les principales villes iraniennes, en tout cas bien plus subtilement que la présentation médiatique ne le met en exergue, ici, en Occident.

Car, tout au long de ce processus, un schéma amer s’est nettement dessiné : les Iraniens souffraient, et l’Occident se contentait  seulement de commenter les événements. Il y avait, certes des condamnations d’usage, des déclarations « officielles » et des sanctions de circonstance, toutes calculées pour des raisons principalement d’image et de positionnement. Ce qui manquait, c’était une stratégie cohérente pour soutenir un peuple confronté à un État violent. C’est précisément ce silence et cette absence qui, hélas, n’aura été oubliée en Iran. Elle fait désormais partie de la mémoire politique des soulèvements ayant précédé celui du 28 décembre.

La révolte actuelle révèle, ainsi une toute autre ampleur et prend une autre signification.

Elle dépasse le cadre des soulèvements étudiants, des critiques des élites académiques et de l’intelligentsia économiques, des cénacles militants féministes et des militants anti-cléricaux. Le mouvement de masse a atteint les bazars, les ouvriers et les couches sociales conservatrices sur lesquelles les régimes autoritaires s’appuient traditionnellement pour obtenir une obéissance passive. Lorsque les commerçants ferment leurs boutiques, lorsque les villes de province s’embrasent, lorsque les manifestations se propagent à travers toutes les provinces, il demeure, d’ailleurs, particulièrement inconcevable, pour certains médias de continuer à ne les qualifier que de « troubles ». Or, il s’est agi, dès le début, en fin d’année dernière d’un profond rejet national. Les slogans « mort au dictateur »,  « mort à la République islamique » « 2026, c’est l’année du sang » ne sont pas réformistes. Ils sont révolutionnaires et assertifs ! C’est ce point essentiel que les décideurs politiques occidentaux ne doivent pas minimiser : il ne s’agit pas d’une posture de négociation, mais d’un mouvement de changement de régime.

Comme prévu, le régime a répondu par la violence. Les Gardiens de la révolution et les Bassijis continuent comme toujours : ils tirent sur les foules, procèdent à des arrestations arbitraires et coupent les communications pour contrôler le discours. Les informations faisant état de tirs à bout portant, de blessures visant systématiquement les yeux et la tête, d’hôpitaux saturés et d’un nombre hallucinant de près de 20 000 morts et plus de 10 000 manifestants arrêtés, correspondent, pourtant, aux méthodes détestables solidement établies du régime : la terreur comme moyen de gouverner. Le Guide Suprême, Ali Khamenei ainsi que le président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, Sadeq Larijani, ont, d’ailleurs menacé de recourir, aux premières exécutions et pendaisons publiques.

Or, la terreur perd de son efficacité lorsque la population estime n’avoir plus rien à perdre. C’est un moment dangereux pour Téhéran : la répression peut encore briser une vague de protestation, mais elle peut aussi accélérer une vague révolutionnaire, qui touche désormais près d’une centaine de villes, dans une vingtaine de provinces.

C’est pourquoi le contexte international sera déterminant dans le devenir de cette contre-révolution, 47 ans après celle qui avait chassé d’Iran, le Shah, Mohammed Reza Pahlavi. Pour la première fois, un président américain a publiquement menacé d’intervenir si les massacres se poursuivent. L’avertissement de Donald Trump, « prêt à tirer » ou à « engager massivement les moyens militaires nécessaires », n’est pas une diplomatie subtile ; c’est un message de dissuasion adressé à l’appareil sécuritaire de Téhéran. Il indique que les conséquences d’un massacre à grande échelle pourraient dépasser les frontières internes. Que l’on apprécie ou non le style pragmatique de Donald Trump, ce qui importe, ici, dans ce contexte, relativement peu favorable aux demi-mesures et décisions erratiques, c’est son effet et sa portée « stratégique ». Les responsables iraniens prendraient, d’ailleurs, ces menaces très au sérieux, et les manifestants ont raison de les interpréter comme un tournant décisif. La première puissance mondiale pourrait, enfin, être disposée à imposer des limites à la violence du régime. Ce dernier, par la voix des thuriféraires du Guide Suprême et compte-tenu du jusqu’au boutisme de l’ayatollah Ali Khamenei, a pourtant déjà atteint une ignominie caractérisée et un point de non-retour.

Cette implication diplomatico-militaire américaine, impatiemment attendue, et, dans une moindre mesure, la préparation militaire et balistique israélienne, modifie considérablement la dynamique psychologique de la protestation. En 2009, 2019 et 2022, les Iraniens ont combattu avec courage, mais en s’attendant à être abandonnés. Un mouvement de protestation qui se croit seul se comporte différemment d’un mouvement qui croit que la pression extérieure peut contenir l’État. Même un soutien rhétorique, s’il est crédible, peut modifier les niveaux de participation, l’endurance et la coordination.

Parallèlement, une alternative politique émerge comme elle ne l’a pas été depuis des années. Le prince héritier Reza Pahlavi, autrefois point de référence purement symbolique, est devenu un point de repère de plus en plus fédérateur. Cette distinction est essentielle. Les symboles rassurent ; les points de repère coordonnent. Son nom est désormais scandé en Iran, et le drapeau d’avant 1979, arborant le Lion, flanqué d’un soleil resplendissant et brandissant une épée, faisant référence à l’épopée mythologique d’une grande Perse, puissance impériale aux contours plus vaste de l’actuelle Iran, n’est moins utilisé par nostalgie, que comme symbole d’un État-nation laïque. Les jeunes Iraniens ( qui n’ont jamais vécu sous la monarchie ) ne votent pas pour le passé. Ils aspirent à une identité, qui reste ni cléricale, ni anti-occidentale, à la manière du slogan qu’ils scandent en battant bravement le pavé des rues iraniennes : « ni Shah, ni mollahs, ni couronne, ni turbans ».

Les appels du fils du défunt dernier Shah d’Iran, Reza Pahlavi, à une reconquête pacifique de l’espace civique et à une transition par référendum visent l’essentiel dans cette « fenêtre » révolutionnaire : prévenir la fragmentation et empêcher que les récits de guerre civile ne s’installent.

L’Europe, en revanche, semble encore prisonnière d’un schéma quelque peu anachronique, tout au moins dépassé par le « momentum » que nous observons. Des condamnations sont, certes prononcées, des inquiétudes sont légitimement exprimées. Mais l’Europe hésite encore à adopter la conclusion politique à laquelle est déjà parvenue la « rue » iranienne. À Bruxelles, un porte-parole de l’UE déclarant même que le « changement de régime » n’est pas une alternative que veut endosser pleinement l’UE.

Tout juste faut-il se féliciter, alors, que Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen ait décidé d’interdire l’accès aux bâtiments de Bruxelles et de Strasbourg, aux diplomates et agents d’influence du Régime iranien. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, relayée par la Haute Représentante pour l’action extérieure de l’UE, Kaja Kallas, ont certes, rappelé, de concert, que le corps des gardiens de la révolution (CGRI) est déjà sur la liste de l’UE de sanctions pour violation des droits de l’homme. Néanmoins, les Pasdarans, ne sont toujours pas considérés comme terroristes, à contrario desEtats-Unis et d’Israël qui enjoignent les Européens de les désigner comme tels.

Les « effroyables » massacres de manifestants iraniens, mentionné comme tel, à juste titre par la Présidente de la Commission européenne, ne seront, guère embêtés par les 10 trains de sanctions adoptés par l’UE contre Téhéran !

Ainsi, la pusillanimité européenne, si elle peut paraître prudente et responsable, n’en témoigne pas moins d’un attentisme et d’un regrettable effet de sidération que les Iraniens ont raison de fustiger ; Dans les rues de Téhéran, cela est perçu comme de la couardise. Pire encore, cela s’inscrit dans la continuité de la politique d’engagement vouée à l’échec avec les religieux qui refusent de se réformer et d’abandonner la clé de voute légitimant la tutelle cléricale du pouvoir chiite : le Velayat-e-Faqih, actant la tutelle (Velayat) du juriste théologien (Faqih) cléricale sur la nature civique de l’Etat. Le résultat est prévisible : l’opinion publique iranienne se durcit à l’égard des dirigeants européens, les considérant comme moralisateurs dans leurs discours, approximatifs dans leur compréhension des dynamiques socio-économiques en cours et surtout inactifs dans leurs actions coercitives contre le Régime de Téhéran !

Concernant la France, il ne s’agit pas d’une question marginale.

La France revendique une identité civilisationnelle liée à la laïcité, à la protection et la promotion des droits de l’homme et à la légitimité de son héritage plusieurs fois révolutionnaire (1789, 1830, 1848) ayant solidement arrimé l’état républicain à la nation française. Cette identité est mise à l’épreuve précisément dans des moments comme celui-ci, où la démocratie n’est pas un slogan, mais un risque pris par d’autres, souvent, du reste, en référence à la « geste » révolutionnaire française, à l’instar de la révolution « constitutionnelle » persane de 1905-1911.

Paris dispose également de moyens d’influence, quelle se refuse, pour l’heure, à activer. La France pourrait pourtant mobiliser davantage ses partenaires de l’UE, plaider en faveur de mesures concrètes contre les Gardiens de la révolution, faire du soutien à la communication une priorité (accès par satellite, outils anti-censure, résilience numérique, dispositifs d’influence dans le cadre de la « guerre des narratifs » en cours), ou encore, développer des voies d’asile ciblées pour les militants menacés et dialoguer ouvertement avec des figures crédibles de l’opposition. Elle le peut d’autant plus qu’elle préside, depuis le 1er janvier le G7 !

La France serait ainsi particulièrement encline à appeler de ses vœux la mise en place d’une coalition « amis d’un Iran libre », qui, si elle était menée avec sérieux, et détermination, serait bien plus qu’un symbole : elle constituerait une plateforme pour une pression et une assistance coordonnées. Il existe également un autre argument de poids, fondé sur l’intérêt personnel, que l’Europe élude à ses propres dépens. L’Iran post-régime ( s’il se stabilise en tant qu’État laïc et pro-occidental ) représentera un atout économique et géopolitique majeur, dans le cadre du délitement systémique de l’ordre multilatéral, tel que l’immixtion de la diplomatie transactionnelle et le retour de la diplomatie des sphères d’influence, apanages de la diplomatie « trumpienne », nous oblige à prendre en compte.

Près de 90 millions d’habitants ; une reconstruction massive des infrastructures attendue après plus de 20 ans de sanctions économiques ; d’importantes réserves énergétiques, notamment gazières ; des terres rares et matériaux critiques en abondance, jusqu’ici laissés en jachères ; , d’importants et impatients besoins en matière d’adaptation technologique et une réintégration sur les marchés mondiaux attendue, seraient de nature, en effet, à nourrir un partenariat stratégique, mutuellement bénéfiques.

Dès lors, les pays qui soutiennent, clairement et sans faux semblants, les Iraniens, aujourd’hui, en tireront un avantage politique, demain. Ceux qui restent passifs n’en bénéficieront évidemment pas. Si l’Europe persiste dans sa timidité excessive tandis que Washington prend les risques d’une possible intervention militaire ou de frappes aériennes qu’elle estime imminente, Bruxelles et les capitales européennes ne devraient pas s’étonner de voir les entreprises d’outre-Atlantique et l’influence américaine, dominer les futurs contrats, partenariats ainsi que la nouvelle architecture de sécurité de l’Iran, dans le contexte d’un « nouveau Moyen-Orient », brandi comme un mantra tant par Washington que Tel-Aviv, qui en découlerait inévitablement.

Enfin, les risques liés à la survie du régime pour l’Europe ne sont pas théoriques. Une République islamique affaiblie qui écrase une révolution populaire ne deviendra pas modérée ; elle deviendra, au contraire, vindicative et imprévisible.

Il faudra, en effet, s’attendre à une accélération du programme nucléaire potentiellement à vocation militaire, à une intensification des guerres par « procuration » par le truchement de « proxys », qui, bien qu’affaiblis au sud-Liban (Hezbollah), dans la bande de Gaza (Hamas), au sud du Yémen (Houthis) ou encore en Irak et Syrie (milices chiites) n’en constituent néanmoins pas moins, une menace, hélas enkystée et toujours sérieuse. De même, l’alignement plus étroit avec la Russie ira crescendo au-delà de l’accord « Lion Bear » gravé dans le marbre, entre Vladimir Poutine et Massoud Pezechkian, le 17 janvier 2025, d’un montant de 200 milliards de dollars d’investissements commerciaux, militaires et partenariats industriels bilatéraux ; et ce, pour les 20 prochaines années !

Il est, ainsi, évident que l’hubris iranien irait ainsi de pair avec des représailles susceptibles d’atteindre le sol européen via ses réseaux clandestins. À cela s’ajoutent les conséquences prévisibles : flux de réfugiés, chocs énergétiques et instabilité régionale. D’un point de vue stratégique : l’Europe est plus en sécurité sans théocratie que préservée par une répression de masse.

Le choix pour la France ne se situe donc pas entre « ingérence » et « prudence », mais entre pertinence et insignifiance ; entre des valeurs qui façonnent les résultats et des valeurs qui enjolivent les déclarations. Le peuple iranien ne demande pas à la France, ni à l’Europe de faire de la prose incantatoire sur les droits de l’homme. Il lui demande, simplement, d’agir comme si ces droits avaient une importance, même lorsqu’ils ont un coût.

La neutralité face à un massacre d’État n’est pas de la neutralité, c’est une autorisation tacite de réprimer dans le sang les manifestations !

La France doit, donc, agir urgemment en conséquence, avec, certes tout le sens de la rigueur et du sérieux stratégique qui sied à la politique arabe retrouvée de la France. Le sort de Cécile Kohler et de Jacques Paris, enfin libres, depuis le 4 novembre dernier, mais toujours empêchés de quitter Téhéran, ne devraient, pourtant, pas retenir notre action diplomatique. Bien au contraire, le ton sibyllin de la position officielle française, matérialisée par une prise de parole lapidaire du Président de la République et un communiqué particulièrement alambiqué du Ministre français des Affaires étrangères, ne rime guère avec la perception de la « rue »  iranienne, pourtant, toujours, confiante dans le caractère autrefois déterminant de la France dans la région.

Du reste, c’est grâce justement à la décision unanimement saluée de Paris, visant à favoriser et accélérer la reconnaissance étatique de la Palestine et par le biais de l’entrain à œuvrer à une solution crédible et viable à « deux états » que la France est attendue, potentiellement toujours audible et peut-être encore crédible.

La France l’est, avant tout comme défenseur des valeurs qui sont les siennes et gravés dans le marbre des édifices publics français. Celles-ci, notamment la première d’entre-elles « liberté » répond, d’ailleurs, en écho à celles que les Iraniens, scandent, bravant, jour et nuit, la mitraille débridée d’un régime iranien agonisant, donc encore plus dangereux, car, aux aguets.

Car si l’Iran est véritablement au bord du gouffre, l’histoire jugera avec sévérité que l’Europe se contente de surfer avec le momentum stratégique et historique qui se profile – hélas dans le sang versé courageusement par les centaines de courageux Iraniens mais, qui inexorablement devrait, enfin, rendre possible une « transition », qu’il ne convient, ainsi, pas juste d’observer mais d’accompagner.  

Certains diraient même, qu’il s’agirait de provoquer cette transition politique auxquels aspirent et que méritent les Iraniens…

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