Depuis plusieurs jours, l’Iran est secoué par des manifestations massives, initialement motivées par la crise économique mais rapidement transformées en contestation politique contre le régime. Ouvriers, étudiants, femmes et minorités descendent régulièrement dans les rues, malgré la répression et la surveillance stricte. Les funérailles de manifestants tués ont souvent servi de catalyseur pour intensifier les rassemblements. Face à cette mobilisation, le régime a durci sa ligne, appelant à punir les participants et à réprimer toute opposition. Parallèlement, la communauté internationale suit la situation avec inquiétude, certains pays mettant en garde contre une escalade sanglante.

Iran : une contestation active

En Iran, la contestation ne cesse de se manifester. Elle est fréquente, locale et parfois quotidienne, portée par des ouvriers, des enseignants, des retraités, des étudiants, des femmes et des minorités. Contrairement à l’image d’un pays figé, la rue iranienne est régulièrement animée par des rassemblements et des slogans hostiles au pouvoir. Pourtant, cette lutte demeure largement méconnue à l’international.

La raison en est simple : ces manifestations sont rapidement dispersées, étroitement surveillées et très peu relayées par les médias officiels. La répression empêche leur coordination à l’échelle nationale, limitant leur durée et leur visibilité. Ainsi, la lutte est bruyante dans la rue, mais rendue silencieuse politiquement et médiatiquement. Le régime s’emploie à casser l’écho avant qu’il ne devienne un cri collectif.

Le vendredi 2 janvier 2026 en a offert une illustration frappante. Ce jour-là, les protestations ont repris avec force dans plusieurs régions du pays. À Zahedan, Kuhdasht, Fuladshahr, Marvdasht et Boroudjerd, les funérailles de manifestants tués les jours précédents se sont transformées en rassemblements hostiles au régime, avec des slogans ouvertement dirigés contre le pouvoir. À Téhéran, des quartiers entiers ont vu leurs habitants descendre dans la rue, bloquer des axes et exprimer leur colère.

Face à cette mobilisation, les forces de sécurité ont été massivement déployées. Dans certaines provinces, notamment au Lorestan, les affrontements ont été violents, révélant l’ampleur de la tension entre la population et l’appareil répressif. Ces événements s’inscrivent dans une vague de protestations entamée fin décembre 2025, d’abord motivée par la crise économique, avant de se transformer en une contestation politique plus large du régime.

En définitive, la lutte en Iran est active, répétée et courageuse, mais volontairement empêchée de résonner. Derrière le silence imposé, la contestation persiste, portée par une société qui refuse de renoncer malgré la répression.

Khamenei demande « la punition » des manifestants

Poursuite des manifestations et de la contestation
Le mouvement de protestation, déclenché la semaine précédente par l’aggravation de la crise économique, s’est poursuivi samedi 3 janvier dans de nombreuses villes d’Iran. Des rassemblements ont eu lieu notamment à Téhéran et dans plusieurs provinces, avec des slogans hostiles au pouvoir et des appels au changement politique au-delà des revendications initiales sur la vie chère.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a réaffirmé la fermeté du régime face aux protestations, déclarant que ceux qu’il qualifie d’« émeutiers » doivent être maîtrisés, tout en reconnaissant les difficultés économiques évoquées par certains manifestants. Le guide suprême iranien a encore durci le ton face à la contestation en cours, appelant publiquement à la punition des manifestants. Dans ses déclarations, il a qualifié les protestations de troubles à l’ordre public et a légitimé une réponse sécuritaire accrue, accusant implicitement les opposants de servir des intérêts hostiles.

Cette prise de position marque une escalade politique et répressive. Elle confirme que le pouvoir ne cherche pas l’apaisement, mais la dissuasion par la peur, au moment même où les mobilisations se multiplient malgré les arrestations et les violences. En criminalisant ouvertement la contestation, le régime tente de briser l’élan populaire et d’empêcher toute convergence nationale. Cet appel à la punition renforce le sentiment, au sein de la population, que la crise est désormais politique et existentielle : il ne s’agit plus seulement de revendications économiques, mais d’un affrontement direct entre une société en colère et un pouvoir décidé à se maintenir

par la force.

Washington met en garde Téhéran

Le bilan humain continue de s’alourdir. Selon les autorités et des médias internationaux, au moins dix personnes ont été tuées depuis le début des troubles, y compris lors des journées précédentes, tandis que les arrestations se multiplient.

Face à l’intensification des manifestations et aux menaces de répression formulées par les autorités, le président américain a adressé un avertissement direct au régime iranien. Il a déclaré que si les forces de sécurité s’engageaient dans une répression sanglante contre les manifestants, les États-Unis se réserveraient le droit d’intervenir.

Cette prise de position marque un durcissement du discours de Washington. Elle vise à dissuader le pouvoir iranien de recourir à une violence massive, tout en affirmant un soutien politique explicite aux protestataires. Le message est clair : toute escalade répressive pourrait entraîner des conséquences internationales.

À Téhéran, ces déclarations sont perçues comme une menace et une ingérence, renforçant la tension déjà extrême entre un régime déterminé à se maintenir par la force et une population mobilisée. Dans ce contexte explosif, la parole américaine ajoute une dimension géopolitique majeure à une crise déjà profondément politique et sociale. Téhéran a dénoncé les menaces du président américain en soutien aux manifestants, jugées comme une ingérence dans ses affaires internes, et a appelé l’ONU à répondre à ces pressions.

La chute de Maduro inquiète le régime islamique iranien

La chute soudaine de Nicolás Maduro constitue un choc politique pour les régimes autoritaires alliés du Venezuela, au premier rang desquels figure l’Iran. À Téhéran, l’événement est perçu moins comme un simple changement de pouvoir que comme un précédent dangereux.

Le régime iranien voit dans cette chute la démonstration que même un pouvoir solidement ancré – soutenu par l’armée, les services de sécurité et un discours idéologique fort – peut vaciller rapidement lorsque s’accumulent crise économique, isolement international et pressions internes ou externes. Le Venezuela représentait un miroir lointain mais familier : sanctions, économie sous tension, contestation populaire et rhétorique anti-occidentale.

Cette évolution alimente une crainte stratégique à Téhéran. Elle remet en question l’idée selon laquelle les alliances entre régimes isolés suffisent à garantir la survie politique. Elle rappelle aussi que la répression seule ne constitue pas une assurance durable face à l’usure sociale et économique.

Sur le plan intérieur, les autorités iraniennes redoutent surtout l’impact symbolique. La chute d’un allié idéologique peut nourrir l’imaginaire de contestation et renforcer l’idée, au sein de la population, qu’un changement reste possible. C’est précisément ce type de comparaison que le régime religieux cherche habituellement à étouffer.

En ce sens, la chute de Maduro agit comme un signal d’alarme pour le régime de Khamenei : elle renforce la tentation du durcissement sécuritaire, tout en rappelant une vérité inconfortable pour les régimes autoritaires. Aucun pouvoir n’est totalement à l’abri d’un effondrement rapide.

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