Nouvelle tête de turc de l’administration française, l’enseignement catholique, qui rassemble près de 7200 établissements sur le territoire national, est en proie à des contrôles accrus par les rectorats et le ministère de l’éducation nationale si l’on en croit son secrétaire général et nombre d’enseignants. La faute à son caractère confessionnel ?
À en défriser quelques-uns, il semblerait que l’enseignement catholique soit, sans révélation fracassante, catholique. Nos éternels « bouffeurs de curés » peuvent se préparer à une longue carrière d’indignation : cet enseignement confessionnel, dont la France est historiquement la fille aînée, n’a aucune intention de disparaître. Il scolarise même aujourd’hui plus de deux millions d’enfants et d’adolescents, selon les derniers chiffres officiels publiées par le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC). Cible privilégiée d’une partie de l’échiquier politique toujours plus fébrile, dont l’action semble se résumer à une effervescence permanente de polémiques, l’école catholique continue de donner de l’urticaire aux censeurs d’un système qui, pourtant, n’a jamais cessé de faire ses preuves. Des établissements classés parmi les meilleurs, au regard des taux de réussite nationaux au brevet et baccalauréat.
Le confessionnel pris pour cible
Qui aurait imaginé qu’une simple récitation du « Je vous salue Marie » suffirait à déclencher une agitation médiatique, savamment orchestrée par le Comité national d’action laïque ? Il aura donc fallu que le secrétaire général de l’enseignement catholique, Guillaume Prévost, s’empare du sujet, rappelant une évidence pourtant élémentaire : un établissement catholique est, jusqu’à preuve du contraire, catholique. Du bon sens lorsqu’il affirme lors d’une conférence de presse, le 23 septembre dernier, que les enseignants ont « parfaitement le droit » de prier avec leurs élèves en classe. Des oraisons qui vont de pair avec les heures de pastorale déjà applicables à l’ensemble des classes, ainsi qu’avec le catéchisme destiné aux élèves engagés dans un parcours religieux plus approfondi. Car oui, un établissement catholique comporte des croix dans les salles de cours, une chapelle ou un espace de prière, une présence régulière du clergé ainsi qu’une équipe pastorale dédiée. Autant de réalités parfaitement assumées, au même titre que les valeurs défendues par les chefs d’établissement, parmi lesquelles figure, faut-il encore le préciser, l’accueil de tous les élèves sans distinction de foi. Si des familles non catholiques, qu’elles soient protestantes ou d’autres confessions, inscrivent leurs enfants dans ces établissements, c’est à juste titre un choix assumé et en toute connaissance de cause.
L’Église devient une cible facile, entretenue par une minorité aussi persistante que prévisible, que toute manifestation de la culture chrétienne semble irriter comme une allergie saisonnière. À l’approche de Noël, ce bal des indignations reprend d’ailleurs avec une ponctualité d’horloger puisqu’après l’enseignement catholique, les crèches en paient également les frais. Chaque décembre, le même réflexe pavlovien s’active. Il faut croire que pour certains, la neutralité de l’espace public commence précisément là où disparaissent les traditions qui les dérangent, mais s’arrête soigneusement avant celles qu’ils tolèrent volontiers.
Quand l’État donne des leçons mais oublie de payer l’addition
Cibles faciles d’une doxa médiatique toujours en chasse d’un “pou de catholicisme”, les établissements subissent également un zèle tatillon de l’État par des contrôles, obligations contractuelles, injonctions de neutralité, bref, la République veille au grain, arme le droit et surveille les moindres signes d’identité confessionnelle.
Pourtant, pendant que les pouvoirs publics veillent à toute conformité, ce sont eux qui creusent l’un des plus beaux trous de trésorerie. D’après la Fédération nationale des établissements confessionnels (FOGEC), l’État, via les collectivités territoriales chargées de verser le “forfait d’externat” censé compenser le service public rendu par les établissements privés sous contrat, a accumulé quelque 900 millions d’euros d’arriérés l’an dernier. Peu de surprise quant aux chiffres de l’année 2025.
Il ne s’agit pas d’un banal retard de virement, mais d’un trou d’air comptable de près d’un milliard d’euros, laissé en suspens par les pouvoirs publics envers ces établissements. Une somme qui, à cette échelle, ne relève plus de l’oubli mais d’une performance budgétaire inégalable, à l’heure où le Parlement s’apprête à entériner le budget de l’année 2026. De tels manquements freinent à bien des égards les investissements, les projets se rétrécissent et le fonctionnement quotidien se tend, pendant que l’administration, elle, continue de dégainer contrôles et rappels contractuels avec la régularité d’un métronome.
Car l’État français excelle dans cet exercice d’équilibriste, en étant contrôleur inflexible d’un côté et débiteur invisible de l’autre. Il exige une transparence à faire pâlir les rigides Etats scandinaves si scrupuleux, par conformité ou encore rigueur absolue, mais lorsqu’il s’agit d’honorer ses propres engagements financiers, l’ardoise peut attendre. Un paradoxe qui frôle l’élégance absurde, puisque ceux à qui l’on réclame une gestion irréprochable doivent composer avec l’insolvabilité temporaire mais, dans les faits, une insolvabilité durable de leur principal payeur.
Une administration qui appuie l’Église selon ses besoins
Des dispositions passées aux oubliettes en Hexagone fait pourtant foi dans plusieurs territoires d’Outre-mer, par l’application des décrets Mandel et dérogations locales, qui remplacent la loi de 1905 sur la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Il s’agit dans les faits de prérogatives réglementaires permettant d’assurer l’organisation civile des cultes dans le domaine de l’enseignement. Ils permettent entre-autres aux missions catholiques d’exister juridiquement par des conseils d’administration agréés, gage, s’il en fallait un, de transparence et de responsabilité.
A Wallis-et-Futuna, de 1969 à 2025, une convention entre l’Etat et l’Eglise permettait à ce titre de confier l’enseignement primaire en intégralité au culte catholique. Bien qu’encadré par l’autorité diocésaine locale, ce système, où l’État prenait en charge la rémunération des enseignants, constituait une preuve de confiance. Géométrie variable oblige, on s’indigne parfois de ces « exceptions » à la sacro-sainte laïcité, mais on se garde bien de dénoncer l’utilité très concrète de l’enseignement catholique lorsque celui-ci scolarise et surtout, supplée les pouvoirs publics. Les habituels censeurs s’attaqueront-ils également aux dispositifs que l’on connait du Concordat d’Alsace-Moselle, fruit d’un héritage napoléonien durable et garant d’une stabilité régionale ?
L’Église, elle, n’a jamais cessé d’assurer sa mission, quand l’État français, officiellement neutre, redécouvre à intervalles réguliers qu’il est fort commode de s’appuyer sur ce qu’il critique ailleurs. Et l’on feint ensuite de s’étonner que l’enseignement catholique conserve aujourd’hui un ancrage institutionnel solide : il est d’abord le résultat d’une constance que d’autres n’ont pas toujours su maintenir.
Alexandre Martinez
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