La nouvelle de la disparition de Brigitte Bardot a provoqué une grande émotion non seulement en France mais aussi dans le monde entier qui s’explique par une aura exceptionnelle et un parcours de vie hors-norme. Ils nous obligent et, pour tout dire, on ne comprendrait pas à l’étranger que Brigitte Bardot ne reçoive pas d’hommage national.
Actrice iconique, chanteuse envoûtante, considérée par beaucoup comme la plus belle création humaine du XXe siècle depuis Et Dieu créa la femme en 1956, influenceuse avant même que le mot ne soit inventé et lanceuse de modes – sa « choucroute », sa jupe vichy, ses ballerines, sa marinière, phénomène de société au point d’être connue à travers le monde par ses seules initiales, elle mit un terme à sa carrière au sommet de sa gloire pour devenir une pionnière de la cause animale et sa plus grande ambassadrice pendant plus d’un demi-siècle. Elle fut également une femme libre à l’égard des médias, du milieu du cinéma, des hommes, des conventions, de toutes les conventions. Invitée par De Gaulle à l’Élysée, en 1967, elle s’y était présentée en tenue de hussard et avait suscité ce trait du général : « Chic ! un militaire ». Beaucoup plus récemment, elle a écrit une lettre incendiaire à l’actuel président de la République qui, peu rancunier, vient de lui rendre hommage. Pouvait-il s’en dispenser ?
Tellement Française, Brigitte Bardot fut une magnifique Marianne à la fin des années 60, sous le ciseau d’Aslan et à la demande du fondateur de la Cinquième République. De Gaulle considérait qu’elle symbolisait la France à l’étranger comme lui-même et qu’elle serait la plus belle incarnation de la République. Et dans notre Nouvelle Histoire de France que nous voulions encyclopédique et qui vient de sortir, elle est évidemment là. On la retrouvera au fil des pages de notre partie « Patrimoines et identités ».
La culture populaire fait partie intégrante de notre histoire et celles et ceux qui ont fait rayonner mondialement la France au cinéma, dans la chanson ou encore dans la mode – et Bardot l’a fait dans les trois domaines – méritent toute notre reconnaissance.
Certains semblent l’avoir oublié par mépris et/ou par idéologie. À Marc Bloch qui écrivait dans L’Étrange défaite : « il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération », j’ai envie d’ajouter il y a aussi ceux qui ont refusé d’honorer Barbara, Jean Ferrat et Michel Piccoli et leurs pendants hémiplégiques qui dénient tout hommage à Jean-Paul Belmondo avant-hier, Alain Delon hier et Brigitte Bardot aujourd’hui…
Au-delà de propos malheureux qu’elle a pu avoir et qu’il ne s’agit évidemment pas de nier, ni même d’excuser, mais qui s’expliquent par sa franchise absolue et son insoumission totale aux conventions, Brigitte Bardot n’était pas extrémiste, sauf à dire que l’appartenance assumée à une droite patriote, souverainiste et conservatrice le sont. Pour certains sans nul doute.
À défaut de savoir prendre eux-mêmes de la hauteur, ceux-là feraient bien de lire la presse mondiale pour comprendre, s’ils en sont capables, ce qui compte vraiment et ce qui restera éternellement de BB.
Éric Anceau
Éric Anceau est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lorraine où il enseigne l’histoire politique et sociale de la France et de l’Europe contemporaine. Ses recherches portent principalement sur l’histoire de l’État, des pouvoirs, de l’expertise appliquée au politique et des rapports entre les élites et le peuple et de la laïcité. Directeur de collection chez Tallandier, co-directeur d’HES, membre du comité de rédaction de plusieurs autres revues scientifiques et de plusieurs conseils et comités scientifiques dont le Comité d’histoire du Conseil d’État et de la Juridiction administrative, il a publié une quarantaine d’ouvrages dont plusieurs ont été couronnés par des prix. Parmi ses publications les plus récentes, on citera Les Élites françaises des Lumières au grand confinement (Passés Composés, 2020 et Alpha 2022), Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent (Passés Composés, 2022 et Alpha 2024), Histoire mondiale des impôts de l’Antiquité à nos jours (Passés Composés, 2023), Histoire de la nation française du mythe des origines à nos jours (Tallandier), Gambetta, fondateur de la République (PUF) et Nouvelle Histoire de France, collectif de 100 autrices et auteurs (Passés Composés).
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