En pensant lutter contre Mélenchon, le PS lui construit un boulevard pour 2027.
Depuis le score historique de Mélenchon en 2022 (21,95 %) qui a fait de lui la figure majeure de la gauche en France, tous ses opposants socialistes, écologistes et communistes se drapent dans le confort primaire de ce que l’on nomme « l’anti-mélenchonisme » pour des raisons politiques, idéologiques, morales voire personnelles. Si ces raisons peuvent sembler légitimes et fondées, il n’en demeure pas moins que le Parti socialiste, son principal adversaire, en agissant ainsi, fait fausse route et creuse sa propre tombe.
Le professionnalisme de LFI face à l’amateurisme du PS
Depuis qu’il a créé le Parti de gauche en 2009 jusqu’à la création de La France insoumise en 2016, Jean-Luc Mélenchon a avancé ses pions, construit idéologiquement et méthodiquement son parti, formé ses lieutenants et a, ensuite, embrayé avec la bataille culturelle, sémantique et organisationnelle visant à imposer le tempo des débats selon ses conditions. Son récit politique est extrêmement cohérent. Preuve en est, comme en 2017 et en 2022, il a déclaré sa candidature présidentielle plus d’un an avant l’échéance. Rien n’est laissé au hasard contrairement aux socialistes enfermés dans des discussions stériles qui ne déboucheront que sur une immense désillusion.
Le signal envoyé à l’ensemble de la classe politique et des électeurs est que la candidature LFI est rôdée, la ligne claire et le parti suffisamment discipliné pour affronter la campagne « reine » de la Cinquième République. Tout cela est, aussi, le résultat d’une profonde culture marxiste-léniniste dans laquelle le parti d’avant-garde montre la voie.
Le PS fait exactement l’inverse et ressemble, en 2026, à une confédération de courants internes distincts et opposés, mais certainement pas à une machine électorale et militante parée pour la présidentielle. Qui « dirige » la gauche socialiste ? Personne ne peut le dire tant les visages sont nombreux : Olivier Faure a gagné le dernier congrès avec 50 % des voix, tout juste, mais ne contrôle presque rien au sein du parti ; Boris Vallaud est sur une ligne d’opposition minoritaire mais est suffisamment solide pour ne pas être invisibilisé ; François Hollande travaille en sous-main à sa candidature et, de ce fait, mine les efforts du PS à faire émerger quelqu’un ; Bernard Cazeneuve, lui, attend un signe de la gauche pour se déclarer et s’imagine comme le général de Gaulle qui attendait l’appel de la nation en 1946.
Quant à Raphaël Glucksmann, il dispose d’une surface médiatique mais ne transforme toujours pas l’essai politique. Actif depuis presque une décennie, il n’a toujours pas tenté de « mettre la main » sur le PS. Au lieu de cela, il a préféré créer sa petite structure, Place Publique, qui n’aura pas la capacité de supporter le poids d’une grande campagne présidentielle, d’un point de vue financier, mais aussi d’un point de vue politique car les soutiens de marque sont inexistants.
Au-delà de ces aspects, R. Glucksmann n’a pas profité des opportunités politiques pour asseoir sa position, voire changer de dimension. Songeons à la dissolution de 2024 lors de laquelle il avait une carte à jouer dans la reconfiguration à venir, fort de ses 14 % aux élections européennes, et qu’il n’a pas su saisir, preuve de son manque de flair politique. Enfin, il n’a pas su, ou voulu, s’unir avec Bernard Cazeneuve pour faire front commun, ce qui lui aurait permis de peser plus, d’avoir plus de crédibilité et, surtout, d’avoir un soutien de poids en la personne de l’ancien Premier ministre connu et apprécié des Français. Au lieu de cela, il a décidé de faire cavalier seul et n’a pas transformé son gain médiatique et ses quelques bons résultats électoraux en prise de pouvoir organisationnelle du Parti socialiste. C’est une erreur majeure.
L’esprit de la Vᵉ
Dans l’ensemble, le PS est éclaté de toutes parts. C’est comme si le parti était revenu à la situation d’avant le congrès fondateur d’Épinay en 1971 et avait oublié la culture de gouvernement et de conquête du pouvoir qui lui avait permis de gagner trois élections présidentielles.
Tous les candidats sérieux à la présidentielle savent que rien ne se fait sans l’appui d’une machine électorale, à savoir un parti politique. Jordan Bardella et Marine Le Pen dirigent le RN d’une main de fer ; Édouard Philippe a créé son parti en 2021 car il a très vite compris que, sinon, son après-Matignon le condamnerait à l’impuissance ; Gabriel Attal a pris le parti du président et son pactole afin de pouvoir peser dans les débats ; enfin, Emmanuel Macron, seul et sans parti en 2016, a créé sa propre structure qui lui a permis de conquérir l’Élysée. Sans cela, il eût été balayé.
À gauche, de façon surprenante, celui qui a le mieux compris l’esprit de la Ve République, et ce que demande une campagne présidentielle, est celui qui, justement, veut la détruire pour instaurer la VIe République, à savoir Jean-Luc Mélenchon. Le PS, pour sa part, est aux abonnés absents et reste empêtré dans des discussions anodines qui ne servent qu’à vanter une pseudo « démocratie horizontale de gauche » alors que toute la culture de la gauche révolutionnaire ou réformiste, dans la conquête du pouvoir, trouve sa source dans la discipline du parti.
Les non-choix
Au-delà de cette méconnaissance majeure, le Parti socialiste souffre de ses non-choix et de sa crise doctrinale aiguë qui dure depuis au moins dix ans. La ligne n’est toujours pas tranchée entre :
- Une alliance avec la France insoumise, au risque de disparaître derrière les offensives idéologiques, militantes et culturelles d’un parti rôdé alors que les socialistes peuvent être considérés comme de « timides réformistes » ;
- Une social-démocratie classique mais usée, sans énergie, sans grandes idées et qui la condamne à l’échec tant la demande de radicalité est haute dans le pays ;
- Enfin, un recentrage qui l’exclurait définitivement de la gauche aux yeux des électeurs qui n’y verraient qu’une alliance avec les débris d’un macronisme détesté.
Au-delà des questions cruciales telles que l’ambiguïté de LFI sur la Russie, l’Iran et Gaza, les méthodes internes autoritaires de Mélenchon et son rapport à la laïcité, qui aliènent une partie significative de l’électorat de gauche, à tout juste un an de l’élection présidentielle, les socialistes sont encore en train de se questionner sur la ligne politique. Une telle situation est mortelle car les électeurs sanctionneront toujours ceux qui doutent et préféreront voter utile.
L’affaire de la primaire de la gauche est aussi révélatrice de l’inextricable situation dans laquelle se situe le Parti socialiste et, plus globalement, la gauche antimélenchoniste. Celle-ci ne repose pas sur un projet clair et défini mais uniquement sur le rejet de la personne de Jean-Luc Mélenchon. C’est-à-dire qu’il n’y a ni vision, ni programme, ni élan politique sérieux. Voir Olivier Faure, Clémentine Autain, Alexis Corbière et François Ruffin ainsi montre surtout leur faiblesse commune, leur manque de leadership et leur incapacité à avancer.
Il y a peut-être même un pire signal envoyé aux sympathisants de gauche : cette « réunion anti-Mélenchon » montre surtout la course aux égos et aux ambitions personnelles qui, par conséquent, fait passer Jean-Luc Mélenchon pour un modeste politique désintéressé qui, tel Cincinnatus à Rome, retournera labourer ses champs une fois qu’il aura rempli son devoir.
Cette primaire est aussi un non-choix puisqu’elle pense qu’un vague compromis acté par une participation qui sera probablement faible (il est loin le temps de la primaire de la gauche de 2011 qui réunissait presque 3 000 000 d’électeurs) vaudra plus qu’un choix clair mais frustrant pour certains participants déçus. C’est une énième voie sans issue et un cache-misère de la pensée dans laquelle s’est engagé le Parti socialiste. Cela ne peut que mal se finir, aux côtés d’écologistes dont l’exposition médiatique est inversement proportionnelle au poids politique et idéologique.
Tout concourt à rendre la défaite probable.
Le Parti socialiste est sur l’autoroute de l’échec. Il est redevenu ce parti de courants internes divisés mais, cette fois, il n’y a ni François Mitterrand, ni Lionel Jospin, ni François Hollande pour le discipliner.
Ceux qui pensent incarner la gauche socialiste sont seuls et sans élan. Aucun n’a l’appui du parti qui serait suffisamment puissant et dévoué pour réussir. Pire que cela, le parti n’a pas d’idées et ne fait que réagir à ce que les Insoumis lancent dans l’atmosphère.
Ce qui attend le PS s’apparente plus à un nouvel échec qui sera peut-être encore pire qu’en 2017 et 2022 car il est improbable qu’il puisse « redresser la barre » en douze mois.
Le risque majeur pour les socialistes français est de devenir aussi insignifiant électoralement que l’est devenu le PCF dans les années 2000 et, in fine, de disparaître derrière les offensives idéologiques et politiques des insoumis pour qui seule la conquête du pouvoir compte et tout ce qui y fait obstacle est de l’amateurisme.
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